Carnet des Savanes

« Carnet des Savanes » n°3

A tout seigneur tout honneur, ce mois-ci Parfait LARE nous ouvre les portes de son service…

A la découverte du service social du centre Don Orione de Bombouaka

« Le lien avec les familles est essentiel si on veut que les enfants gardent les capacités acquises en réadaptation ».

Le service social du Centre Saint Louis Orione de Bombouaka est animé par un sociologue et un assistant social. Il a pour rôle essentiel l’accueil et l’écoute des bénéficiaires et de leurs familles, leur suivi et accompagnement, le montage et la mise à jour des dossiers des bénéficiaires et l’élaboration des projets sociaux et de développements, etc.

Ce service a pris de l’ampleur grâce à la volonté des premiers responsables du Centre de développer une prise en charge holistique des personnes handicapées qui y viennent. Ainsi, ce service mène un certain nombre d’activités pour faciliter l’inclusion des personnes handicapées dans la société en général et dans leur propre famille en particulier.

Un volet important de la prise en charge des enfants et jeunes handicapés est le Suivi et Accompagnement. Le suivi comprend toutes ces activités qui donnent la possibilité de « suivre » l’évolution de l’enfant ou du jeune jusqu’à son épanouissement complet : visites répétées à domicile (V.A.D.), visite après une intervention chirurgicale, appareillage, accompagnement personnalisé pour la formation, rencontres avec les familles, conseils, orientations, évaluation des besoins des enfants et jeunes, etc. C’est une façon pour le Centre d’être plus proche des bénéficiaires et de leur famille pour mieux les accompagner. Il ne s’agit pas d’une assistance à vie, mais d’un accompagnement afin d’orienter la personne handicapée dans toutes ses activités de sorte qu’elle devienne plus autonome et épanouie. Au cours du suivi, nous menons des causeries éducatives avec les familles et dans la communauté, sur le respect des droits, la non-discrimination et l’inclusion des personnes handicapées. C’est ainsi que lors d’une causerie avec l’entourage d’une des familles d’un enfant handicapé, le papa disait (je cite) « Je me sens honoré par ces visites répétées que vous effectuez chez moi ; mon enfant est maintenant reconsidéré». Ce volet est d’une importance capitale car cela permet aussi le dépistage de nouveaux enfants à prendre en charge et surtout de démystifier la question du handicap qui est un tabou dans certains villages de notre zone d’intervention.

Sur le plan de la réadaptation, le service social se charge du montage des dossiers des enfants. Nous trouvons dans ces dossiers, les données sociales relatives à la famille, la localisation dans la région et aussi l’histoire (ou l’historique?) du handicap de l’enfant. Le dossier ainsi monté nous permet de faire une enquête sociale dans la famille pour confirmer ou infirmer les informations recueillies. Si l’enfant est rééduqué, appareillé ou opéré, nous allons dans la famille pour voir son évolution et orienter les parents sur sa prise en charge si nécessaire. Les visites sur le terrain permettent aussi de dépister les nouveaux cas (enfants handicapés). Ainsi nous demandons aux parents de venir avec l’enfant au Centre pour que les spécialistes puissent le consulter et établir un plan de réadaptation. C’est très important parce que certains parents ne savent pas qu’il y a quelque chose à faire pour leurs enfants en situation de handicap. Ils les laissent comme ça et ne s’en occupent pas. Les spécialistes expliquent le traitement de manière à ce que les parents prennent conscience des possibilités de récupération, ou tout au moins d’amélioration de la situation de l’enfant.

Sur le plan scolaire, le Centre accompagne les élèves en situation de handicap qui sont inscrits dans sa base de données. Nous avons le dossier de chaque enfant qui est passé au Centre. Nous connaissons les écoles qu’ils fréquentent et les classes pour la rentrée prochaine. Ainsi, un mois avant cette rentrée, nous faisons des prévisions pour les frais de scolarité, les inscriptions aux différents examens, nous achetons les kits scolaires, sacs, cahiers, Bic, etc.

Avant la rentrée, le Centre organise par l’entremise du service social une cérémonie de remise officielle des kits scolaires aux élèves afin de leur souhaiter une bonne rentrée scolaire. A la fin du premier et du deuxième trimestre, nous faisons le suivi dans toutes les écoles qu’ils fréquentent pour avoir les résultats et surtout discuter avec les enseignants et responsables d’écoles pour s’enquérir des difficultés éventuelles que ces élèves rencontrent afin de proposer des approches de solutions.

Sur le plan de la formation professionnelle, dès qu’on constate que l’enfant n’évolue pas du tout à l’école, et qu’il a l’âge d’apprendre un métier, on discute avec lui et les parents pour l’orienter vers un métier en rapport avec ses capacités. Si besoin est, nous aidons les parents à supporter les frais de contrat d’apprentissage. Nous avons abandonné le système où le Centre payait la totalité des frais, car les parents se démobilisaient. Maintenant nous demandons une participation, aussi minime soit-elle. Après la signature de contrat, nous faisons le suivi de la formation dans les différents ateliers pour savoir comment les enfants évoluent dans leur apprentissage et s’ils sont intégrés avec les autres apprentis non handicapés. Ou encore comment sont-ils considérés par les patrons et s’il n’y a pas de discrimination dans les tâches ou travaux que le patron confie aux apprentis ? Nous discutons de tout cela ensemble, ce qui permet d’améliorer des situations quelquefois difficiles.

Après l’obtention du Certificat de Fin d’Apprentissage (CFA), nous faisons alors ce que nous appelons « l’installation » qui consiste à payer le matériel dont l’artisan a besoin pour ouvrir son atelier. Lorsqu’il est installé, nous le suivons pendant un certain temps. Y a-t-il des clients ? Que faut-il faire pour en avoir ? Comment est faite la gestion ? Quand cela nous semble au point, ils peuvent voler de leurs propres ailes et nous gardons le lien par des visites de courtoisie.

Toutes ces activités riment avec des séances de sensibilisation sur les thèmes tels que les droits des personnes handicapées, la non-discrimination et la non-stigmatisation des personnes en situation de handicap et aussi sur l’importance de leur prise en charge sanitaire et éducative que le service social organise dans les écoles, les villages et les cantons. Des émissions radiophoniques sont également organisées pour relayer les informations ou former la population des coins les plus reculés de la région sur les thématiques liées au handicap et surtout d’exhorter la population à faciliter l’insertion sociale respectueuse des personnes vulnérables ou handicapées dans la communauté. Sans être exhaustif sur toutes les activités du service social, nous invitons tous nos lecteurs à nous visiter si possible pour toucher du doigt nos réalités.

Somme toute, le service social réalise toutes ces activités grâce à l’appui de certains partenaires auxquels nous réitérons ici nos sincères remerciements. Mais la demande demeure toujours très forte de la part de tous ces parents, très pauvres, qui ont réellement besoins d’un soutien-appui pour permettre à un enfant handicapé soit de bénéficier des soins de réadaptation, soit d’aller à l’école, ou d’apprendre un métier, d’ouvrir un atelier et même de se nourrir.