Carnet des Savanes

« Carnet des Savanes » n°2

Voici le deuxième numéro de notre feuillet mensuel nommé « Savann kadaɔg » en Moba signifiant « Carnet des Savanes » rédigé par Parfait LARE, sociologue au Centre Saint Louis Orione, volontaire pour animer l’activité de soutien aux enfants auprès des parrains et marraines avec le bureau de YovoTogo.

Ce mois ci Parfait nous parle vacances avec le retour en famille des enfants pensionnaires du centre et de Simon, un enfant avec un vécu qui nous montre combien il est un lourd fardeau pour toute une famille que de connaitre le handicap dans certaines parties du globe.

Pour celles et ceux qui aimeraient revoir le premier numéro c’est ICI


Retour des enfants en famille…

Chaque année, les enfants pensionnaires durant neuf mois au Centre Saint Louis Orione de Bombouaka doivent rejoindre leur famille pour passer les vacances. Ainsi le mardi 16 juin 2020, les parents des enfants ont été invités pour assister à une réunion organisée à cet effet et aussi ramener les enfants en famille. Cette journée a été couplée avec la commémoration de la journée de l’enfant africain.

Le retour des enfants en famille est un aspect très important dans le suivi-accompagnement. Cela permet aux enfants de retrouver la fratrie et ce retour  est un moment de joie et de fierté pour les enfants et leurs parents. Après neuf mois passés au Centre, les parents des enfants viennent les chercher pour que  les enfants se renouent avec les frères et amis du village. Avant le départ des enfants, une séance de sensibilisation a été faite avec les parents sur comment vivre avec ces enfants une fois en famille par le personnel du Centre (les agents de suivi, les techniciens de la réadaptation et  agents de santé de la médecine).  En cette période de Coronavirus, des conseils pratiques ont été donnés aux parents et aux enfants pour éviter la contamination de cette maladie. Un message leur a été remis pour leur permettre de relire et respecter les consignes et mesures barrières. Ainsi, des cadeaux composés du savon, omo, masques de protection et des biscuits ont remis à chaque enfant. Enfin le père directeur  a exhorté les enfants à respecter leurs parents et les aider dans leurs tâches selon leur capacité de participation.

En marge de la libération des enfants, le Centre Saint Louis Orione de Bombouaka a célébré la journée de l’enfant africain. Les enfants et jeunes handicapés dudit centre ont été entretenus par rapport à l’évènement en présence du père directeur. Un exposé a été fait sur  le thème de l’année qui est « l’accès à une justice adaptée aux enfants en Afrique » et l’historique de la journée de l’enfant Africain. Un système juridique adapté à l’enfant en Afrique exige  qu’une attention particulière soit accordée aux enfants vulnérables, surtout handicapés qui entrent en conflit avec la loi.  C’est l’occasion pour nous d’attirer l’attention de l’administration judiciaire de nos pays de faire du droit de l’enfant une préoccupation première. Cette journée est célébrée en Afrique en commémoration du soulèvement le 16 juin 1976 à Sowéto en Afrique du sud, où des étudiants qui ont défilé pour protester contre l’inspiration de l’apartheid ont été brutalement assassinés.  Le message remis aux parents est consultable ICI.


 Ma maman a aussi un nom…!

Simon TALGUE est fils de DOUTI Talgue et de NALDJOUM Yah. Il est né en 2015 à Naki-Ouest et est originaire du village Falnague. Orphelin de père Simon est issu d’une famille polygame de trois femmes avec vingt-trois enfants. Ils vivent tous dans la grande maison familiale et pratiquent l’agriculture et l’élevage de subsistance comme activité.

Simon a une malformation congénitale au membre inférieur droit ce qui fait que dans sa communauté et même dans sa famille il n’est pas tellement accepté et sa maman aussi reçoit des propos injurieux comme quoi elle aurait accouché d’un fantôme ; pour la maman de Simon et les membres de la communauté, ils n’ont jamais vu un être humain avec une déformation pareille. Comme anecdote que la maman racontait le jour de l’entretien « Si vous voulez me voir, arrivez dans notre canton, dites seulement que vous désirez la maman de l’enfant qui a un seul pied. Même un petit enfant va vous amener chez moi ». Le handicap de mon enfant m’a donné un autre nom.

Simon est issu d’une famille très pauvre qui peine à trouver de quoi se nourrir. Il a été découvert pour la première fois au Centre Don Orione lors de la mission OASIS en fin novembre 2019 où il avait été amené par sa maman qui sollicitait une aide pour appareiller son enfant. La maman avait été orientée par une tierce personne, car cette dernière savait que le Centre faisait la promotion et la prise en charge des personnes handicapées. Ainsi, le service social a recueilli les informations concernant l’enfant et sa famille. En Juin 2020 l’enfant fut invité au Centre pour une prise en charge. Il a bénéficié des séances de rééducation et d’une orthèse compensatrice pour corriger sa démarche. Ils sont repartis tous contents ; car ils ne seront plus injuriés dans leur village et l’enfant pourra être mieux accepté par sa communauté. De plus on appellera sa maman par son nom.

Simon a besoin d’un soutien permanent pour renouveler son orthèse, car il grandit et aussi il va à l’école comme les autres enfants. Comme Simon, beaucoup d’enfants sont en attente du soutien-aide, d’un parrainage pour rehausser leur dignité et être considérés comme des personnes humaines dans la société.

En aout je vous parlerais de mon service du « suivi-Accompagnement »…